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Copyright C. OrsiniNouvelle-Zélande : un été en hiver

Lorsque le relief se dessine sous vos yeux, irrégulier mais pourtant si harmonieux, lorsque la montagne jouxte l'océan, lorsque les couleurs naturelles paraissent trop éclatantes pour être réelles, alors vous êtes en train de survoler la Nouvelle-Zélande. A 18 000 Km de la France, vous vous apprêtez à changer de saison...

 



 

Copyright C. OrsiniDESTINATION : NOUVELLE-ZELANDE

La Nouvelle-Zélande est certainement l'un des plus beaux pays au monde. Sa nature est si belle et si riche qu'il est impossible de ne pas s'extasier devant elle. Ce n'est pas un hasard si Peter Jackson a choisi d'y tourner la trilogie du Seigneur des Anneaux, lui qui est né et a grandi dans ce pays. Voir le guide >

Alors que le Ferry avance inexorablement à travers ce qui semble être d'anciennes vallées englouties, le sentiment de m'éloigner de la civilisation m'envahit. Si l'île du nord de la Nouvelle Zélande est relativement peuplée et développée, avec des villes comme Auckland –presque un million d'habitants- ou Wellington, la capitale, l'île du sud est une autre affaire. Et la transition entre les deux îles, soit le détroit de Cook, est là pour nous le rappeler. L'eau sombre et lisse des fjords néo-zélandais est à la fois inquiétante et merveilleuse, elle participe à l'impression de rudesse que donne la nature dans ce pays, avec ses arbres accrochés sur les terrains bruts des collines ou son vent froid et puissant venu du sud. Mais la population est habituée à cette rigueur environnementale et s'en accommode plutôt bien. Il faut dire que le spectacle est de ce fait grandiose et que les possibilités sportives ou récréatives sont nombreuses.

Copyright C. OrsiniPeter a embarqué sur le ferry sa planche de Snowboard sous le bras. Il est étudiant à Auckland, à l'extrême nord du pays, et profite de ses vacances d'hiver (en plein juillet…) pour aller pratiquer sa passion dans les Alpes néo-zélandaises, sur l'île du Sud. Il aurait pu prendre l'avion, mais il trouve que « cela a moins de charme » et préfère prendre une journée de plus pour admirer son pays. Car comme tout néo-zélandais, il est fier de son pays, « précurseur en matière d'égalité des droits et d'intégration des populations ».

Il est vrai que la Nouvelle-Zélande est le premier pays au monde à avoir accordé de droit de vote aux femmes, en 1892. Il est vrai aussi que dans ce coin reculé de l'océan pacifique, se côtoient asiatiques, maoris, européens, américains, australiens, etc. et que les problèmes ethniques et religieux n'existent quasiment pas. Pourtant, depuis sa découverte en 1642 par le Hollandais Abel Tasman, la Nouvelle Zélande a été le théâtre de nombreux conflits sanglants entre les explorateurs et les autochtones, des Maoris arrivés de Polynésie en pirogue bien des siècles avant les blancs. Désormais les Maoris représentent 13 % de la population mais ne pèsent qu'un poids relatif dans l'économie.

L'île du sud est longue de 800 kilomètres et large de 200. Séparée en deux dans sa longueur par une longue chaîne de montagnes, elle connaît un climat particulier : sa côte occidentale, arrosée par des précipitations abondantes (environ 5000 mm/an) possède une flore riche et dense, forte de plus de 2000 espèces indigènes aux couleurs très vives et à l'apparence à la fois tropicale et montagneuse –d'originales variétés de sapins et de palmiers s'y côtoient. L'est de l'île est plus sec, à l'abri du vent et de la pluie, grâce aux remparts naturels des alpes de l'hémisphère sud.

La route principale longe la côte ouest, flirtant avec ces extraordinaires réserves de flore, serpentant à travers les collines, redescendant vers la mer, longeant des lacs, toujours dans le souci de s'adapter au mieux au paysage, et non l'inverse. Ici, les routes semblent faites pour nous arracher des onomatopées : le trajet devient ainsi source de plaisir au même titre que le séjour lui-même. Et quand la nationale s'enfonce dans les terres, vers l'est, coincée entre les lacs Wanaka et Hawea, on oublie tout repère temporel et géographique et l'on se contente d'admirer.

Copyright C. OrsiniOn admire et l'on se dit, en faisant halte à Wanaka, une petite ville bordée par le lac du même nom et par de belles chaînes de montagnes, que la vie est bien paisible dans les environs et que les néo-zélandais ont été préservés de tout développement outrancier du tourisme. Mais il serait faux de s'arrêter à ce constat, car une centaine de kilomètres plus au sud se trouve... Queenstown.

Cette dernière, située au bord d'un lac entouré de massifs montagneux imposants, a vu son activité économique exploser grâce à l'attrait récent des occidentaux pour les sports extrêmes. Queenstown a bâti son business sur cette gigantesque manne financière : vendre des sensations fortes. Et elle y excelle. La riche jeunesse japonaise vient y passer une semaine parfois même un week-end, avant de reprendre son train de vie monotone. Saut à l'élastique, parapente, dépose en hélico, rafting, jetboat… Les dollars sont ici dépensés par centaines, que ce soit pour acheter des produits de luxe, du matériel de glisse performant, quelques frissons, ou pour profiter de la vie nocturne. Le credo de cette ville : No Limits (quoique l'épaisseur de votre portefeuille puisse en être une). La mentalité qui règne en ville est éloignée de celle de l'île en général. A l'image de Las Vegas, Queenstown est une ville surgie de nulle part. Mais fort heureusement, les constructions humaines sont restées respectueuses de l'environnement et la ville parvient même à dégager un certain charme grâce à son cadre exceptionnel.

Tout voyageur aventurier, routard ou baroudeur, sera tenté de quitter Queenstown pour des lieux plus reculés. Reprendre la route vers le sud, à la poursuite d'un ciel de plus en plus pur, de moins en moins teinté et oser affronter des températures encore plus rudes. A l'extrémité méridionale de l'île se trouve la ville de Bluff. Cette ville à l'atmosphère mystique et à l'ambiance hitchcockienne a été construite sur une grille de routes droites mais vallonnées, complètement désertes, chatouillées par un vent irréel et un temps des plus menaçants. Les habitants sont ostréiculteurs, pêcheurs ou marins. Un pseudo ferry permet de rejoindre la petite île de Stewart island, 35 kilomètres plus au sud. En fait de ferry, il s'agit d'un catamaran à moteur d'une vingtaine de mètres. La traversée du détroit de Foveaux sur cet engin est assez impressionnante, d'autant que l'océan n'est pas si pacifique que cela à cet endroit du globe et cette période de l'année…

Copyright C. OrsiniUne fois arrivés sur l'île Stewart, l'envie de partir en trek devient obsessionnelle. Le calme qui y règne, la végétation luxuriante et les points de vue d'une grande originalité sont autant d'invitations à communier avec l'environnement. Les possibilités sont nombreuses sur cette île de 80 kilomètres de long. Il est facile de rencontrer des Wekas, Kiwis, Keas, et autres Kakas (des variétés uniques d'oiseaux) sur l'île et les cris surnaturels de la faune indigène en impressionneront plus d'un au milieu de la forêt. Le plus surprenant est de tomber sur une crique habitée, après des heures de marche à travers la forêt, et même sur de petits navires de croisière accostant pour une petite excursion.

La vie de l'île est rythmée par les 2 allers-retours quotidiens du ferry, qui amène les quelques provisions et ramène le Bauxite extrait de la petite concession. Les habitants, s'ils ne travaillent pas pour la concession, sont pêcheurs. Sur leurs petits bateaux d'une dizaine de mètres, ils affrontent des creux de 2 mètres pour aller pêcher le saumon sauvage.

Copyright C. OrsiniKelly était l'un de ceux-là. Habitant sur l'île Stewart depuis 1988, il a connu plusieurs grosses tempêtes venues de l'Antarctique, et se souvient du froid qui régnait l'hiver dans les années 80, l'électricité n'étant arrivée sur l'île qu'en 89… Maintenant à la retraite, Kelly peut apprécier un bon match de rugby à la télévision. Mais ne lui parlez pas de l'équipe française ou sud-africaine, pour lui, il n'y a qu'une équipe qui soit capable de jouer convenablement : celle de Nouvelle Zélande. « Parce que nos gars ont l'habitude de vivre à la dure, pas comme les autres pour lesquels le combat s'arrête en fin de match. On a ça dans le sang, ici, regardez autour de vous : on a un stade de rugby flambant neuf dans le village, et on est à peine 500 habitants ! Vous les Européens savez jouer au soccer, nous, nous savons pratiquer le rugby, c'est ainsi ». Pour quelques dollars néo-zélandais, vous pouvez dormir chez lui et l'écouter raconter ses souvenirs de vieux marin à la barbe aussi longue et blanche que ses cheveux qui lui arrivent au bas du dos. Son chat noir borgne et sa passion pour les Kakas, ces gros perroquets sombres qu'il s'occupe bénévolement de préserver nous rappellent l'attachement de tout néo-zélandais à la nature et à sa protection.

La nature, c'est ce dont on se souvient en Nouvelle Zélande. On se souvient avoir assisté à un lever de soleil parfait sur une baie déserte, avoir traversé des vallées somptueuses sans croiser un seul 4X4, ou encore avoir approché des variétés uniques de pingouins ou de phoques. L'impression d'avoir vécu le temps d'une parenthèse dans un autre monde, une Terre miniature, avec tous les types de terrains, de climats et de populations regroupés sur deux îles volcaniques, à l'abri de tout conflit politique, de toute tension culturelle et de tout stress généré par une vie artificielle.

La Nouvelle-Zélande, tout en représentant plus un état d'esprit qu'un pays, ne finit pas d'étonner de par l'unité dont les habitants font preuve dans un contexte de diversité naturelle, culturelle et sociale ; elle est unie par et pour sa diversité.

Corentin Orsini

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